Si vous aimez les histoires qui font peur, les scènes de torture et les créatures en tous genres, le musée du Quai Branly-Jacques Chirac vous ouvre ses portes jusqu’au 15 juillet 2018 pour une exposition tout en couleurs et en frissons !

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Un thème et une muséographie affirmés

Dès l’instant où on entre dans l’espace de l’exposition, on sent comme un changement dans l’air. Des lumières fantomatiques se baladent sur le sol et les murs. On entend au loin des cris, résonnances d’extraits filmographiques à venir. La plupart des salles sont assez petites, intimes. Certaines sont plongées dans l’obscurité quand d’autres sont très éclairées.

Les œuvres sont dans des vitrines. Certains encarts ne sont pas toujours bien éclairés, il faut être bien en face pour les lire. On peut déplorer pour ce musée également l’absence de mention des tailles des œuvres, qui seraient bien utiles pour les petites sculptures sur ivoire ou les immenses sculptures à la fin du parcours.

Cette exposition est déconseillée aux moins de 12 ans sur le site, et les agents du musée le rappellent. Néanmoins, j’ai vu des enfants dans cette exposition, et plusieurs ont dit avoir peur et vouloir sortir du musée (sans que les adultes ne les écoutent). Il y a des scènes violentes présentées, des scènes de torture, notamment dans des extraits de films (un homme se faisant brûler par exemple), mais aussi sur les œuvres picturales, comme des personnes qui se font rôtir à la broche par des démons.

En tant qu’adultes, on a le recul pour comprendre les origines des œuvres et leur but social, culturel et religieux, mais un enfant, même si on lui explique, ne pourra pas faire tous les liens. Certaines salles ne sont pas obligatoires (comme celle avec l’extrait de The Grudge), mais d’autres si, vous serez obligés de passer dans une sculpture de bouche de démon par exemple. Attention donc à la sensibilité des enfants (et à la vôtre également !).

L’Asie, histoire et art

La richesse de cette exposition tient principalement dans la diversité des œuvres proposées. Des affiches de films, extraits, rouleaux scannés et expliqués, tissus, kakemonos, masques ou encore vases, la multiplicité des supports renforce l’importance du thème du surnaturel dans la culture asiatique. Par ailleurs, les dates des œuvres révèlent que les croyances et les mythes persistent dans la culture, et sont des sujets d’inspiration. Il s’agit vraiment de puiser dans ses légendes, dans les origines de sa culture pour continuer de les transmettre.

La torture a été très représentée, car elle est une étape obligatoire pour les défunts avant qu’ils ne se réincarnent (dans le bouddhisme).

Figurines de théâtre d’ombres : Mulian descend aux enfers sauver sa mère
XIXe siècle, Chine, Cuir découpé et peint
Fondation Orient, Musée de l’Orient, Collection Kwok On, Lisbonne

Il existe différents supplices selon les mauvais actes commis dans sa vie. Les âmes des défunts ne sont pas seules, puisque l’œil des juges les scrute. Ces derniers notent l’ensemble des actions réalisées durant la vie, ce qu’ils appellent le karma, et laissent les démons torturer. Dans l’espoir de « corrompre » les juges, des offrandes sont brûlées lors des rites funéraires.

Juge des enfers
Marionnette à fils
Vers 1990, Chine, Bois peint et textile
Fondation Orient, Musée de l’Orient, Collection Kwok On, Lisbonne

Les différentes œuvres, quel que soit leur support, ornent les temples. Elles aident à la méditation pour les moines, mais ce sont surtout des moyens d’enseigner aux hommes ce qui les attend (ce qui se rapproche par exemple de la fonction des gargouilles de nos églises).

Les créatures qui peuplent les cauchemars

Les démons des enfers sont les principales créatures que croisent les défunts. Appelés oni, ils se chargent des tortures et semblent plutôt inventifs quant aux moyens mis en œuvre.

Figurines de théâtre d’ombres : Mulian descend aux enfers sauver sa mère
XIXe siècle, Chine, Cuir découpé et peint
Fondation Orient, Musée de l’Orient, Collection Kwok On, Lisbonne

Les fantômes font également partie des incontournables de la culture asiatique. Ces yûrei sont les âmes des morts dont les rites funéraires n’ont pas été respectés. Ils viennent hanter les vivants jusqu’à ce qu’ils obtiennent réparation et sont à l’origine de nombreuses légendes.

Fantôme (yûrei)
Milieu du XXe siècle, Japon, Encre et couleurs sur soie
Collection Galerie Mingei Japanese Arts, Paris

Il existe également des esprits appelés phi, des spectres vivant dans la nature et rattachés aux éléments, ou alors des esprits d’ancêtres liés à des lieux portant la marque humaine. Les premiers sont sauvages et impossibles à satisfaire, ils ne cherchent qu’à nuire. Un certain nombre de légendes ont également vu le jour avec ces esprits en protagonistes. C’est le cas de Phi Mè Nay, l’ogresse de la forêt qui capture les hommes (et dont on appréciera le collier).

Thanongsak Pakwan
L’ogresse de la forêt, Phi Mè Nay
2015, Thaïlande, Chiang Rai, Acrylique sur toile
Musée du quai Branly-Jacques Chirac, Paris

Les reprises dans la culture populaire : entre sérieux et grotesque

Pompoko est un film d’animation japonais produit par les studios Ghibli (que je vous recommande). Afin de montrer aux humains leurs mauvaises actions sur la nature, les Tanukis créent une parade en ville et se métamorphosent en toutes sortes de fantômes de la tradition japonaise. C’est ce qu’on appelle les yôkaï. L’un des plans s’inspire d’ailleurs d’une estampe japonaise. Le public de cette parade est parfois effrayé par les apparences mais rit de bon cœur à d’autres occasions.

À gauche : Utagawa Kuniyoshi, La princesse Takiyasha et le spectre-squelette (détail)
1844, Japon, Estampe
Victoria and Albert Museum, Londres
À droite : scène de Pompoko, réalisé par Isao Takahata, 1994

Vous avez probablement déjà croisé le motif du yûrei, très employé dans les films d’horreur japonais (si vous avez le cœur bien accroché). The Grudge et Ring en sont de bons exemples avec leurs célèbres femmes à la démarche hésitante et aux longs cheveux noirs, habillées d’un habit blanc.

Comptez une bonne heure et quart pour la visite. Pour plus de renseignements, rendez-vous sur le site du musée du quai Branly-Jacques Chirac.

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