Depuis le 21 septembre 2018 et jusqu’au 28 janvier 2019, le musée Jacquemart-André à Paris dédie un espace à l’œuvre du Caravage et de ses contemporains. Scènes bibliques au programme, révisez votre catéchisme !

© Judith avec la tête d'Holopherne (détail) Carlo Saraceni 1618, huile sur toile

Une expérience inédite

Je n’avais jamais été aussi indifférente face à des tableaux, et c’est bien dommage. La faute à la foule d’abord. S’y rendre le lendemain de l’ouverture n’était pas très judicieux. Les uns se pressent pour voir de plus près, les autres te bousculent parce que décidément t’es toujours sur leur chemin. Tu dois jouer au Twist pour pouvoir caresser l’espoir de lire l’encart qui se trouve bien trop bas. Tu fais la queue entre deux salles, le temps qu’elles se désengorgent. C’est assez épuisant.

Les tableaux cherchaient moins à m’attirer l’œil, comme s’ils me recommandaient de ne pas trop traîner. J’avais beau essayer de les regarder, de m’imprégner de la pâte des artistes, je demeurai stoïque, sans parvenir à ressentir d’émotions. C’est dommage, car cette peinture me plaît bien et qu’elle m’avait parlé par le passé.

Si vous vous y rendez, privilégiez un jour et un horaire où vous ne croiserez pas trop de badauds.

Qu’on lui tranche la tête !

La première salle de l’exposition est consacrée aux têtes coupées. Une charmante mise en bouche. Je ne connaissais pas particulièrement le motif de Judith et Holopherne, plusieurs fois représenté. Cependant, il reste assez classique. Judith a enivré Holopherne afin de le tuer et ainsi sauver sa ville. Cela m’a fait penser à Salomé et Jean-Baptiste, la première ayant demandé à ce que la tête du second lui soit apportée sur un plateau d’argent. Ces charmantes histoires sont à retrouver en intégralité dans la Bible.

Ce sont des thèmes féconds en art, que ce soit en littérature ou en peinture. Ils recoupent en quelque sorte le motif de la femme fatale, une femme déterminée à atteindre ses objectifs, par tous les moyens, même les plus sournois.

Judith et la servante
Orazio Gentileschi
Vers 1621, huile sur toile
Cité du Vatican, Pinacoteca Vaticana

La peinture ci-dessus montre Judith, la servante qui l’a aidée et la tête du malheureux tyran. Leurs vêtements sont typiques de la Renaissance. On note quelques gouttes de sang sous l’épée, mais globalement c’est plutôt propre pour une scène de crime. La servante en bleu vérifie que la voie est libre, tandis que Judith, d’après l’encart du musée, implore le ciel. Mais pourquoi ? Elle vient de tuer un homme, cherche-t-elle à se faire pardonner ? À se justifier ? À prendre Dieu pour témoin de la nécessité de son geste ? Chacun peut y trouver ce qu’il veut.

Salade de fruits, joli joli joli

Manger 5 fruits et légumes par jour ? Bartolomeo Cavarozzi a relevé le défi, mais avant de les croquer, il les a peints. Une magnifique corbeille pour une nature morte scintillante.

Nature morte à la corbeille de fruits
Bartolomeo Cavarozzi
Vers 1614-1620, huile sur toile
Vaduz, Fondation Palatine

La texture de la chair, les couleurs associées à la lumière, les proportions, on a clairement l’impression de regarder une photographie. Néanmoins, je reste perplexe face à ce tableau, dans une salle dédiée à la musique. C’est l’unique nature morte de l’exposition, alors que fait-elle là ? Le musée n’a pas donné d’explications.

Pour ma part, je souhaiterais me concentrer sur la représentation du temps dans cette peinture. La nature morte est un genre pictural datant de l’Antiquité. Elle n’en a pas l’air, mais elle est surtout un type de peinture religieux. Les fruits ont des significations : la pomme représente le péché, le raisin l’incarnation du Sauveur, etc. Le péché originel a conduit les Hommes à vivre dans la finitude et non l’éternité. Elle les a fait tomber du paradis sur la Terre, les rendant mortels. Le Sauveur, c’est Jésus-Christ, mort sur la croix et ressuscité. En rachetant les péchés des Hommes, il leur permet de retrouver une part d’éternité. En représentant ces deux symboles sur la toile, Cavarozzi boucle la boucle en juxtaposant la déchéance et le pardon. Menez une vie exempte de péchés et on vous donne une clef pour le paradis.

Tout est vanité ?

À l’instar de la nature morte, la vanité est un genre pictural représentant le temps qui passe, et surtout le fait que beaucoup de choses que nous vivons sont frivoles. Un crâne est très souvent représenté dans les vanités, symbole de la mort et de la finitude. On voit bien un crâne dans le Saint Jérôme écrivant du Caravage. Mais ce n’est pas une vanité.

Saint Jérôme écrivant
Caravage
Vers 1605, huile sur toile
Rome, Galleria Borghese

C’est peut-être plus une contre-vanité. Le saint est représenté en érudit, en train de traduire la Bible en latin. Le crâne posé sur les livres rappelle, selon l’encart du musée, « sa réflexion sur l’existence humaine ». Il s’agit donc d’aller au-delà de la vanité, Saint Jérôme est conscient de sa finitude, il ne cherche pas les plaisirs mais à transmettre la parole de Dieu. En effet, grâce à sa traduction, il permet à ses contemporains d’avoir accès aux textes bibliques, auparavant en hébreu et en grec. C’est une façon d’élever les Hommes, de leur rappeler que le but à atteindre est une vie à l’image de celle du Christ. Et cela passe bien sûr par l’humilité, inverse de la vanité, qui se reconnaît dans ce tableau par une absence de marques de richesse dans les possessions du vieil homme. Son seul bien : l’habit rouge qui renvoie à sa fonction de cardinal, donc d’homme dévoué à la foi.

Petit bilan muséographique

De nombreux encarts servent de clefs de lecture aux peintures. Je déplore encore et toujours l’absence de mention des dimensions, mais je m’y habituerai peut-être un jour. La lumière est parfois un peu trop forte, comme les photographies le montrent. Et si vous vous demandez où est la salle 6, moi aussi ! Malgré ces petits points négatifs, le musée Jacquemart-André demeure une valeur sûre en matière d’expositions temporaires, alors pas d’hésitations !

À consulter également