Paris fait rêver bien des touristes. On y voyage aussi grâce aux livres valorisant ses mystères et son histoire. Pierre Pevel, auteur plusieurs fois récompensé, s’est emparé de ce décor pour plusieurs trilogies.

© Tour Eiffel et vue générale des alentours, Exposition Universelle, auteur inconnu, entre 1890 et 1905

Pierre Pevel aime préciser les décors de ses intrigues, la rue par laquelle passe un personnage, quel pont il traverse, dans quel parc il flâne. C’est ce qui donne un aspect visuel quasi cinématographique à ses livres.

La Trilogie de Wielstadt : Wielstadt, 1620. Le chevalier Kantz revient dans sa ville après avoir mené une mission pour les Templiers. Il doit reprendre rapidement du service car des événements surnaturels se produisent.

Les Lames du Cardinal : Paris, 1633. Les dragons veulent dominer les hommes. Afin de les contrer, Richelieu fait appel à un groupe de fines lames et esprits astucieux. Résoudre des énigmes et mener des duels, un programme idéal pour des aventuriers !

Le Paris des merveilles : Paris, 1909. Du trafic d’objets magiques est repéré. Le mage Griffont se trouve mêlé à des affaires de meurtres et se voit contraint de collaborer avec Isabel de Saint-Gil, une fée renégate à laquelle il a déjà été associé.

Le Paris emblématique

La tour Eiffel est probablement le monument le plus connu de notre capitale. Celle que nous connaissons est bien fade à côté de l’édifice présent dans le Paris des Merveilles. Malgré une facture différente, ce monument conserve son aura et son symbole de phare, permettant de contempler la ville qui s’étend à ses pieds et, à l’horizon, les tours du palais de la Reine des Fées. L’auteur a eu à cœur de conserver des informations historiques, cette tour ayant également été construite pour l’Exposition universelle de 1889.

« Bâtie selon les plans de son célèbre architecte, elle était cependant considérée comme une réalisation de l’OutreMonde. Une armée de gnomes l’avait en effet construite dans le bois d’un arbre inconnu sur Terre. Ce bois d’un blanc pur passait pour avoir d’extraordinaires vertus dont deux étaient avérées : il luisait faiblement à la lueur des étoiles et émettait un son mélodieux et grave, à peine perceptible, les nuits de pleine lune. »

L’île Notre-Dame est un lieu clef des Lames du Cardinal car c’est là que se cachent les dragons qui complotent contre le trône de France. C’est un site dangereux et sombre où les humains ne sont pas les bienvenus. Situé juste à côté de l’île de la Cité, il peut être un contre-pouvoir aux Châtelaines, religieuses armées pour lutter contre les dragons.

« À cette date, il y avait d’ailleurs longtemps que, pour les Parisiens, l’île Notre-Dame était l’île Notre-Dame-des-Écailles. Quant à son quartier, on le surnommait les Écailles avec un mélange de mépris et de crainte. Si l’autorité du roi y était entière, les Écailles ne dépendaient pas de l’échevinage de Paris. Elles étaient un faubourg en plein cœur de la capitale, exempt d’impôts municipaux et où le guet n’allait pas. »

Île Louviers, Île aux Vaches, Île Notre-Dame, Tavernier, 1630

Le Paris du passage

Le Pont-Neuf, le plus vieux de Paris, est un passage obligé pour les lames lorsqu’elles se rendent chez le Cardinal Richelieu. Il est également un symbole de transition vers un ailleurs et un futur que les personnages espèrent toujours meilleurs. Le pont Carolus-Magnus, inventé par l’auteur tout comme l’ensemble de la ville dans Wielstadt, possède des caractéristiques architecturales communes avec notre pont parisien. Il est un lieu de rencontres avec les protecteurs de la cité, le dragon et une mystérieuse femme en rouge.

« C’est un édifice en pierre monumental, jalonné par les statues dressées dans les demi-lunes que font les parapets en s’évasant à intervalles réguliers. Posé sur plusieurs arches, il enjambe le Rhin peu avant que celui-ci ne s’élargisse autour d’une île, puis ne sépare son cours en deux bras. Il occupe de la sorte une position privilégiée, entre les rives où s’étale la Ville Neuve et face à l’Altstadt [vieille ville ndlr] qu’enserre la fourche du fleuve. »

La station de métro Rivoli, et plus généralement la ligne 1, inaugurée en 1900, constitue un point de départ essentiel pour Griffont dans Les Enchantements d’Ambremer. C’est par cette ligne qu’on se rend à Maillot, et de là à Ambremer, capitale du pays des Fées. Grâce à ce moyen de transport, Paris devient un centre de passage entre les mondes, un lieu interculturel où il n’est pas inhabituel de croiser des gnomes et des dragons. Rappelons que l’électricité permet au métro d’avancer et qu’elle était à l’époque considérée comme une fée, probablement une coïncidence ! Qui a dit que les fées ne sont pas modernes ?

Paris : rue de Rivoli, Eugène Trutat, mai 1899
Plaque négative au gélatino-bromure d’argent, format 6,5 x 9 cm.

Le Paris mystérieux

La Cour des Miracles, située rue Neuve-Saint-Sauveur anciennement et désormais renommée rue du Nil dans le 2e arrondissement, est un lieu apprécié des écrivains. Emblème des dangers et d’une certaine rébellion contre la société, les marginaux y vivent selon leurs règles. Une lame du Cardinal n’hésite pas à s’y rendre afin de soutirer des informations au chef des gueux.

« Perdue selon un chroniqueur dans l’un des quartiers “les plus mal bâtis, les plus sales et les plus reculés de la ville”, elle consistait en une vaste cour datant du XIIIe siècle. Elle était puante, boueuse, entourée de bâtisses sordides et branlantes, cernée de venelles tortueuses et enchevêtrées derrière l’enclos du couvent des Filles-Dieu. Ici logeaient plusieurs centaines de gueux et malfrats avec femmes et enfants, pour au moins un millier d’habitants qui régnaient en maîtres absolus sur leur territoire […] »

La Cour des miracles au XVIIe siècle, Gustave Doré, vers 1860

L’Enclos du Temple a été détruit suite à la Révolution française. Il s’agissait d’un lieu à part, où le pouvoir royal ne pouvait entrer. Dans Les Lames du Cardinal, il est bien debout et sert de quartier général parisien aux Châtelaines. Il n’est pas sans rappeler la tour de Wielstadt. S’y réunissent les Templiers, chevaliers au service de la religion chrétienne qui ne répondent qu’aux commandes de leur ordre.

« C’était une ancienne abbaye dominicaine que l’ordre du Temple avait acquise et agrandie peu à peu. Ses hauts murs cernaient désormais l’espace dévolu naguère à tout un pâté de maisons. Au-dessus de sa porte flottaient les couleurs des Chevaliers du Christ : un étendard blanc frappé d’une croix potencée écarlate qui claquait fièrement dans le vent. »

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