Chaque année, les maisons d’édition nous submergent de nouveautés entre fin août et octobre. Difficile de s’y retrouver dans tout cela, alors voyons ce qu’on vous propose !

© Rentrée littéraire

Les conseils de mes bibliothécaires et libraires

Les professionnels du livre le savent, il est difficile de se retrouver dans les rayons surchargés des libraires. La rentrée littéraire constitue un énorme enjeu de l’année, notamment pour les prix décernés. D’ailleurs, si on parle beaucoup du Goncourt et du Renaudot, je vous invite à regarder aussi du côté de la sélection Talents Cultura et de celle de Page des libraires. Les choix sont faits par des libraires et des lecteurs (des gens comme nous), et pas uniquement par les grands noms de la culture. Vous vous retrouverez peut-être mieux dans leur jugement.

Les médiathèques de Colombes (92) ont organisé une matinée dédiée aux coups de cœur des bibliothécaires. La librairie Au pays des livres, à Colombes également, a proposé une soirée autour de leurs titres préférés de cette rentrée. Ce furent deux moments conviviaux – avec à boire et à manger, ça passe toujours.

J’avais un peu peur en me rendant à ces événements, peur qu’on nous présente surtout les livres sélectionnés pour les prix littéraires. Mais heureusement, mes bibliothécaires et libraires ont du goût et savent sortir des sentiers battus. Pour rappel, ils reçoivent les livres de la rentrée littéraire en avance, généralement avant l’été, afin d’absorber la quantité et de faire leur sélection. Ils ont donc un beau panorama de ce que les éditeurs offrent, et peuvent faire un retour pertinent et plus éclairé.

Cette année est marquée par 94 premiers romans, une hausse considérable par rapport aux années passées et un cru apprécié des professionnels du livre. Stéphanie, libraire, a remarqué que certains écrivains confirmés peuvent manquer de souffle, qu’ils sont davantage dans l’obligation d’écrire. Les primo-romanciers ont une fraîcheur qui attire les lecteurs et les éditeurs n’hésitent plus à prendre des risques pour les publier. La Vraie Vie d’Adeline Dieudonné a ainsi été salué, de même que le roman graphique Moi, ce que j’aime, c’est les monstres d’Emil Ferris.

Qu’ai-je lu ?

Plus de 567 livres sont sortis, autant dire que je n’ai pas pu tout tout ouvrir. Pour être honnête, seulement 6 ont rejoint ma bibliothèque personnelle : Les Enfants de ma mère de Jérôme Chantreau, Fais de moi la colère de Vincent Villeminot, Réelle de Guillaume Sire, Le Sillon de Valérie Manteau, Faux départ de Marion Messina et Le Fou et l’Assassin de Robin Hobb. Concernant Hobb et Villeminot, ils auront un article à part pour le bilan du mois de l’imaginaire, restez attentifs !

Comment ai-je choisi ? Le Chantreau et le Villeminot, facile, ils sont publiés aux éditions Les Escales – domaine français, où j’ai fait mon stage l’année dernière. Autant dire que je connais la qualité littéraire de la maison et que j’ai une totale confiance dans les choix de l’éditrice. Le Sire est arrivé un peu par hasard, il m’a intrigué uniquement parce que l’héroïne s’appelle Johanna. Le roman de Valérie Manteau était dans ma liste d’envies depuis que Le Tripode, la maison d’édition, a indiqué quelques mois avant la sortie que l’intrigue tournait autour d’un journaliste arménien assassiné. Et l’Arménie est un sujet qui me tient à cœur (je vous invite à relire mon article sur le génocide). Le Marion Messina a été présenté lors de la soirée de l’association « 68 premières fois » l’année dernière et j’ai pu le lire en poche lors de cette rentrée. Quant à Robin Hobb, c’est une de mes autrices préférées et ce nouveau tome est la suite d’une saga formidable.

Mes prochaines lectures : La Vraie Vie et Moi ce que j’aime c’est les monstres empruntés à la bibliothèque, et La Révolte de Clara Dupont-Monod, faiblement acheté suite aux mots doux de ma libraire.

Ma recommandation : Paris by Mitterrand

C’est un premier roman, Avant que naisse la forêt, qui m’a fait découvrir la maison Les Escales (que je conseille évidemment) et surtout l’auteur Jérôme Chantreau. Pour son second roman, Les Enfants de ma mère, nous plongeons dans le Paris des années 1980, lorsque Françoise, qui a toujours voté à droite, donne sa voix à Mitterrand. À son échelle, elle tente de changer la vie. Son fils Laurent mène la sienne à sa sauce, entre concerts dans les caves et prise de drogue sur les toits.

Ce sont les descriptions de Paris qui m’ont le plus frappée, l’atmosphère prise entre les délires des adolescents et la réalité de la vie.

Il y eut d’abord un feu d’artifice tiré par le ciel lui-même. Des aurores boréales, essentiellement rouges et vertes, s’enroulaient autour des toits voisins et des flèches des tours d’église. Elles éclairaient le paysage d’ardoises et ce fut un champ immense qui s’étala sous les yeux des deux amis. Les gargouilles se lancèrent dans un concours de grimaces. Il en sortait de tous les toits, comme enfantées par leurs ancêtres des cathédrales. Puis, au loin, vers le Grand Palais, les murs des immeubles haussmanniens tremblèrent, secoués par un puissant séisme. Le premier s’écroula au fond du boulevard Malesherbes, puis un autre plus près. C’était un fracas harmonieux qui soulevait une poussière pailletée d’or. Laurent pensa in petto que Max Bensoussan avait bien raison : la fin du monde était belle à regarder.

Alors ne vous inquiétez pas, il y a bien une histoire au-delà des scènes hallucinées ou de la vie quotidienne, avec des rebondissements, des moments qui font sourire ou se crisper. Mais je voudrais vraiment retenir de ce roman le talent d’un auteur pour parler d’une ville qu’on pense tous connaître et qui se réinvente sans cesse au gré des personnages qui la sillonnent.

Les Enfants de ma mère, Jérôme Chantreau
Éditions Les Escales – domaine français, 2018

Bonus découvertes

Je profite de cet article pour vous rappeler (encore une fois) que la rentrée littéraire est un phénomène de masse et qu’on peut passer à côté de certaines perles. Il est toujours intéressant de lire ou écouter les avis des autres. Pour cela, je vous conseille de suivre le #RLN2018. Il s’agit de la rentrée littéraire du net initiée par Piko Books avec un challenge invitant les lecteurs à sortir de leur zone de confort en découvrant une nouvelle maison d’édition, ou en lisant 3 genres différents par exemple – parce qu’il n’y a pas que de la littérature blanche.

 

Et rassurez-vous, les livres sortis cette année resteront disponibles encore longtemps. Inutile de se gaver, profitez de chaque lecture !

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